• Lutter contre l'oubli

     

    Si le commanditaire de l'acte terroriste avait uniquement pour objectif de saper le moral des hommes, il l'aurait atteint inéluctablement. Voir des hommes ravis à leurs proches et fauchés par une Mort appelée par le simple désir d'une horde sanguinaire m'a toujours laissé sans voix. Le silence devient le seul refuge, un silence qui vient se substituer à une révolte sourde, une révolte qui vous tient le ventre, vous étouffe, vous exaspère, incapable de prendre forme... Une colère qui vit en vous, toujours bouillonnante, mais qui ne se traduit même pas en paroles.

    La difficulté, c'est de nommer. Nommer la Bête, lui donner un Nom. Nommer ce qui n'a pas droit de cité. Proférer le nom de ce monstre protéiforme qui vous fait partager la responsabilité d'un acte immonde et que vous rejetez de toutes vos forces.

    Dire... Dire que cette bête, nous l'avons laissé immerger des bas-fonds macabres d'où elle ne devait jamais sortir. Mais encore faut-il prendre le recul nécessaire pour regarder en face ce que nous refusons de nommer... cette chose honteuse dont nous avons peut-être oublié le nom...

    Oubli ?

    Qu'a-t-on oublié ?

    Notre Mémoire.

    Les bombes meurtrières de Batna et de Delys, au-delà du fait qu'elles visaient l'armée, symbole jussif de la souveraineté d'un Etat, et le Président de la République lui-même, témoignent surtout de la fragilité de notre Société. Pourquoi des jeunes personnes à la fleur de l'âge s'offrent-ils à la Mort et acceptent de se sacrifier ? Ce sont des jeunes désabusés vivant des frustrations continues dans une société sans Père et sans repère ? On parle bien de jeunes recrues dont l'âge ne dépasserait pas les 25 ans. En 1992, ces jeunes devaient avoir à peine 10 ans. Ils étaient de jeunes écoliers innocents. Qu'a fait le système éducatif de notre pays de ces enfants ? Qu'avons-nous fait de nos enfants pour les pousser à la mort ? C'est de cette responsabilité qu'il s'agit.


  • Commentaires

    1
    qasimodo
    Dimanche 23 Septembre 2007 à 16:03
    une question de Nom!
    Nommer, ce n'est pas facile. Vois un peu ce que souffrent les parents afin de donner un prénom à leur nouveau-né; et c'est un événement heureux! Nommer ce qui se passe dans notre pays est en lui-même une souffrance. Notre société a oublié sa mémoire? Je te prie de me dire laquelle: officielle, celle de nos parents, celle des historiens, ... il y a autant de mémoires que de personnes et chacun la façonne selon son goût et selon sa capacité à retenir ce qui lui est essentiel. Pour toi, pour moi, nous nommons ces "fouteurs" de trouble tour à tour brutes sanguinaires et inhumains, tueurs, assassins... mais est-ce suffisant? A-t-on besoin de les nommer pour comprendre qu'ils ne veulent pas nous laisser vivre? je pense qu'ils ne méritent pas d'avoir un nom, ils auraient une identité propre comme en 1988.
    2
    Anais
    Lundi 24 Septembre 2007 à 14:56
    Nom de nom!
    C'est aussi juste! Je suis d'accord avec toi :-)
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